Mise au point …

point de mire

Qu’est-ce qu’une photographie artistique ?

Voilà ! La question est lancée. L’interrogation sur le sujet n’est pas nouvelle, mais c’est la façon, ou plutôt LES façons, de voir la chose qui peuvent faire toute la différence. Il nous faut absolument des regards neufs, des points de vue pluriels et diversifiés. Des points de mire rigoureux si nous voulons toucher le cœur du sujet.                                                                                                                                               Fgallery1-1

D’emblée, on s’entend sur le fait que la photographie artistique ne se réduira jamais à une  seule définition unique. Évitons de théoriser ici, pas de jongleries intellectuelles, nos observations devraient porter sur l’expérience tangible et réelle du travail photographique comme activité esthétique. Alors il ne s’agit pas non plus de se dérober derrière le « flou artistique » ; non, nous poursuivrons plutôt ici un effort collectif sérieux d’une forte mise au point sur cette question cruciale, dans le sens le plus cru du terme. Et comme toute mise au point,le but est d’améliorer la netteté de l’image dite artistique, sans pour autant bannir les zones floues qui en font nécessairement partie.

1985 AFGHANISTAN & PAKISTAN. PAKISTAN. Baluchistan. 1985. Haunted eyes tell of a young Afghan refugee's fears. Image send to redaction (Transaction : 632810298495625000) © Steve McCurry / Magnum Photos

Une image percutante n’est jamais le résultat professionnel d’une performance technique sans égal. Rimbaud ne siégeait pas à l’Académie française, Mozart n’avait pas un doctorat en musicologie. Tout métier d’art s’apprend sur le vif du terrain. Une image ne peut pas être réduite au simple verdict : « J’aime » ou J’aime pas ». La beauté n’existe pas seulement dans l’œil de celui qui regarde, elle doit prendre forme dans l’objet ou le sujet qui est regardé ; ainsi elle doit nécessairement être exprimée et partagée, façonnée par la main de l’artisan. L’image résulte de ce transfert, de cette correspondance, comme étant le produit de cette communication. Comme si la beauté devait absolument engendrer la beauté, être trans-formée, méta-morphosée, prendre mille et une autres formes, sinon elle n’est rien du tout. D’après le dicton, si une image vaut mille mots, une image artistique doit bien valoir alors mille autres images, sinon elle n’est pas artistique du tout, mais une simple photographie à valeur documentaire.

Tout est dans le déclic, dans l’étincelle, dans le jaillissement du moment. Capter l’instant décisif, dirait Cartier-Bresson. L’image esthétique est donc à la fois subjective et objective, c’est-à-dire relative et relationnelle. Le lien entre un espace et un temps bien précis, bien fragile et éphémère. Saisir l’émotion, capter la lumière de l’instant d’une mouche à feu.

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Comme Steve McCurry qui capture le regard perçant de Sharbat Gulala, cette jeune fille afgane de 13 ans qui deviendra,  malgré elle, l’emblême de National Geographic. Comme Nick Ut, ce photographe de l’agence Associated Press, qui capte en ce moment du 8 juin 1972, le cri et la douleur déchirante de Kim Phuc, la fillette vietnamienne de 11 ans, nue sur la route, sur le vif d’une attaque au napalm du Sud-Viêt Nam.

Faut-il mentionner aussi le cas dramatique de Kevin Carter, le photographe qui ne s’est jamais remis de life-of-kevin-carter-the03-1-gson attribution du prix Pulitzer au point de se suicider. En fait, il ne s’est jamais remis de cette image d’une fillette soudanaise mourant de faim  épiée par un vautour.

Les exemples ne manquent pas, et peu importent les circonstances, ce sont beaucoup plus que de simples clichés de reportage…

Il va sans dire que le moment décisif n’a pas besoin d’être aussi déchirant et tragique, mais il a seulement besoin d’être là. S’il n’est pas capté sur le coup, toutes les conditions physiques pour que cette lumière revienne à cet endroit ne seront peut-être jamais réunies de nouveau.

 

Et pour conclure le propos, l’image artistique ne sert absolument à rien du tout, à rien d’autre que d’attirer toute l’attention sur elle-même,  rien d’autre que de servir la beauté, comme si elle contenait son propre sens sans référer à un aucun événement particulier. Dostoïevski proclamait : « La Beauté sauvera le monde », justement parce que la Beauté laisse le monde être ce qu’il est, spontanément, naturellement, sans rien penser, sans rien préméditer. On conviendra, avec tout le respect dû aux victimes de la tragédie du 11 septembre 2001, que l’image

Richard Drew – The Falling Man « The Falling Man » de Richard Drew  est assurément très chargée d’émotions vives, cette photographie de reportage a une valeur historique incontestable, mais qu’elle ne serait pas, de toute évidence, très appréciée pour sa fonction esthétique. C’est la critique qu’on adresse chaque année aux grandes tournées d’expositions de Word Press, bien que de grand calibre journalistique international, se retrouvent toujours à mille lieux de la photographie artistique. Les messages véhiculés par Word Press sont toujours fort percutants, malgré leurs grandes performances techniques, les significations qui s’en dégagent sont extérieures à leurs sujets.

 

One Comment

  1. Janice 2015-08-21 at 8 h 24 min #

    Voilà une réflexion qui mérite qu’on s’y arrête attentivement… Et les images, on les connaît, mais l’effet… OUF !

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